L'Homme-dé de Luke Rhinehart

Publié le par Sandrin

 

Dans L'Homme-dé, que j'ai découvert grâce à Eva Besner (« Remède à la mélancolie », France inter), tout est possible, surtout l'impossible.

Quand nos vies sont tracées d'avance, construites pour atteindre leur but, une forme de stabilité et de cohérence sur les sentiers battus d'une société qui modèle nos esprits, impose ses diktats, oriente nos regards et nos destinées, quand nous voulons tout maîtriser, à plus forte raison notre parcours de vie, dirigé vers la réussite, quand notre droit au bonheur et à l'enfant et au travail sonne impérieux et rageur, obstinément revendicatif, L'Homme-dé vient bousculer tout ceci et ouvre une porte sur l'aventure : un petit vent s'engouffre dans la pièce et vous pousse dehors, - hors de vous. On rêve d'exploser cet ego qui nous enchaine. On devient libre de faire ce que l'on ne veut pas faire, ou croit vouloir ne pas faire. C'est l'éclate dans tous les sens du terme. 

« Comme la carapace de la tortue, le sens du moi sert de bouclier contre les stimulations, et de lest pour limiter la mobilité en direction de zones éventuellement dangereuses».

L'Homme-dé est un livre jubilatoire, dans lequel le Dé (puisque, vous l'aurez compris, il s'agit de ce simple petit cube à six faces), c'est-à-dire le hasard, principe d'incertitude, source de chaos souvent, est élevé au rang de Dieu, grâce au personnage principal, Luke Rhinehart, suffisamment fou pour être passé par la case psy, et pour faire des disciples. Oui, un vent de liberté souffle sur ce livre. Aussi léger que le suroît qui vient éveiller une attente en nos cœurs abimés, celle qui aspire à autre chose, à faire tomber les frontières, à bousculer nos croyances. Le personnage  joue tout simplement sa vie aux dés et après avoir refermé le livre, on est tenté de faire la même chose, on voudrait bien risquer aussi de découvrir de nouveaux territoires en nous même. C'est que « nous avons chacun une centaine de moi potentiels réprimés ». On voudrait bien pouvoir mesurer notre capacité à nous réinventer. Ce livre est génial, lui qui pourrait, si l'on se laissait aller, nous changer, radicalement. Tous les livres n'ont pas ce pouvoir de séduction. Tout y est :  l'humour et  la fantaisie, beaucoup d'intelligence (et il en faut pour mener à bien un tel projet  sans jamais faillir), et un véritable esprit de subversion propre à nous interroger. Il est des livres qui rendent heureux.

On regrette presque l'enquête sur l'auteur menée par Emmanuel Carrère qui apparaît en fin de livre (Editions de l'Olivier). Ce livre est une apologie de la liberté. Et le ramener dans le cadre du réel, le pauvre horizon de ce qui est, est sans intérêt. Ne lisez pas la postface qui nous parle de l'auteur. Qu'avons nous besoin de savoir qui il est ! Ce livre est une pure fiction, à laquelle on veut croire. Peut-être est-il plus sage de déréaliser le réel pour réaliser ses rêves. Et lire est comme un songe. Lire et y croire un peu. C'est la magie des histoires. Y croire. Avoir foi en l'homme-dé, comme si réellement il avait existé. 

Alors, je vous propose de jouer ce livre aux dés : pair vous le lisez, impair vous l'offrez à un ami cher. 

 

 

 

Publié dans A lire urgemment

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