Les racines du ciel, une histoire de solitudes

Publié le par Sandrin

gravure, 2006

Publié en 1956 et considéré comme le premier livre écologique, Les racines du ciel de Romain Gary est un livre universel  qui, au-delà du combat pour la sauvegarde des éléphants mené par Morel,  le dit misanthrope, le toqué, l'illuminé qui sourit face à la puissance de la nature,  parle de la condition humaine, et avant tout, comme simple évidence, de la solitude de chacun dans ce monde qui nous dépasse et ne donne jamais de réponses. 

Comment s'arrangent les hommes avec leur solitude, nourrie de malheurs et d'impossibilités à tisser de vrais liens, noyau dur de notre être, intangible et incommunicable, mais toujours là nichée au plus profond de nous comme si du temps de notre vivant nous étions séparés de ce qui nous est essentiel  et que nous cherchons sans cesse, en vain ? Ils tuent et massacrent, ou se jettent à corps perdu dans la défense  des éléphants libres. 

Ce livre est un sacré morceau de littérature et d'humanité. Certains vous diront qu'il est un peu lourd. Peut-être. Un peu trop démonstratif. Peut-être. Mais j'ai fait durer ma lecture tant l'idée d'épuiser ce livre déjà me navrait. J'ai tardé pour ne pas hâter la fin. Et j'ai eu quelque peine à quitter ce Morel, guerrier sublime et  figure d'une certaine candeur , de celle qui puise dans le meilleur de nous même. Ecce homo,  combattant   pour que subsiste une marge d'humanité dans ce monde tout asservi à l'utilitarisme et à la destruction de ce qui est beau. 

Mais ce n'est pas que l'histoire d'un personnage. Ni même, infiniment triste, celle des éléphants. Il y a tous les autres qui combattent ou aident Morel, qui désirent le tuer ou l'évincer pour finir par lui céder. Et comment ne pas céder à un amour si désintéressé ? 

Ce n'est pourtant qu'un personnage. Mais plongé dans le livre, on finit par y croire. Un mirage. Ou une oasis. On se surprend à souhaiter qu'il réussisse. 

Mais les tueurs d'éléphants comme les marchands d'ivoire continuent d'exister. Et le monde s'appauvrit un peu plus chaque jour. 

Un livre ne pourra pas changer le monde. Pas plus qu'un homme seul contre tous. 

"Personne n'est jamais arrivé à résoudre cette contradiction qu'il y a à vouloir défendre un idéal humain en compagnie des hommes."

Mais il peut du moins changer notre regard, ne serait-ce que sur nous même. Et nous inviter à réfléchir à nos propres idéaux, ou à leur absence. A nos manquements. A notre incapacité à penser le monde que l'on a construit autrement que ce qu'il est. A notre grande propension à  accepter. A nous résigner. 

Qu'un homme ait eu le besoin de se lancer dans l'écriture d'un tel roman, déjà, c'est beaucoup. Certains écrivains sont des porteurs de rêves. Alors rêvons et lisons.

 

 

 

 

 

 

Publié dans A lire urgemment, Nature

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